(English version below.)
Étienne Boulanger (Québec, Canada), est nageur, navigateur, artiste, il enseigne aussi les arts au cégep. Il nage pour le club Juvaqua de Alma, et navigue sur le Lac Saint-Jean avec son voilier nommé Slapshot, un Tripp 26.
Nous nous sommes parlé sur Zoom.

(Entrevue transcrite puis éditée)
CLÉO : Salut Étienne ! On voit une maquette derrière toi?
ÉTIENNE : C’est la maquette d’un projet, un 1% que je viens de terminer. Je l’ai installé il y a deux semaines. C’est ici, dans la région, à Cap-Jaseux.
CLÉO : Ce sont de grandes structures métalliques au milieu des arbres ?
ÉTIENNE : Ouais, ce sont de grosses bulles de texte. C’est comme si les arbres parlaient, comme si la nature te parlait. C’est en aluminium. C’est quand même pas pire. C’est bien fait, je pense. L’œuvre s’appelle « Échos Boréals ».
CLÉO : Est-ce que t’as l’habitude de parler à la nature?
ÉTIENNE : Ah, non. Je lui parle pas, mais… je vis dedans. Et toi tu fais un projet avec l’Eau ?
CLÉO : Oui, d’ailleurs, est-ce qu’on pourrait fermer les yeux un instant pour se connecter à l’Eau avant de commencer l’entretien ?
ÉTIENNE : Se connecter à l’Eau?
CLÉO : Oui, tu peux fermer les yeux et te connecter à l’Eau qui est dans ton corps?
ÉTIENNE : Allons-y.
CLÉO : On peut juste prendre conscience de l’Eau dans notre corps, dans toutes nos cellules, remercier l’Eau, lui demander d’être présente pour notre entrevue, et éventuellement de nous inspirer dans ce qu’on va partager.
CLÉO : J’ai commencé ce projet et j’ai l’impression qu’il émerge en même temps chez plein d’autres personnes. Parce que moi, c’est vraiment venu de… je ne sais pas d’où, en fait, mais de l’intérieur. Maintenant que je commence à approfondir et à regarder ce qui se passe autour, chez d’autres artistes ou d’autres initiatives. Il y a beaucoup de personnes qui se reconnectent à l’Eau pour connecter à leur corps, qui ont exactement la même démarche, en fait. Des personnes qui se rendent compte maintenant que l’Eau a une conscience, qu’elle peut nous aider à guérir, que ce n’est pas une matière inerte, mais au contraire, qu’on peut l’informer, et aussi qu’elle nous informe.
ÉTIENNE : Hum.
CLÉO : Voilà. Peut-être que toi tu y es connecté depuis longtemps, en le sachant ou sans le savoir car tu évolues en contact proche avec l’Eau.
ÉTIENNE : Mais tu sais pourquoi tu fais ça ? C’est pour faire un projet d’art ? T’es en art aussi, ou quoi ?
CLÉO : Oui. Moi, je fais des peintures. Mais mes peintures, à l’origine, viennent toujours d’une démarche intérieure émotionnelle qui se retrouve sur une toile.
ÉTIENNE : Tu rencontres des gens pour avoir des témoignages ou des inspirations ?
CLÉO : En fait, c’est plus pour approfondir ma propre relation à l’Eau, puisque moi, c’est plutôt une relation qui commencé par la peur, et que j’essaie d’élargir. En fait, nos expériences personnelles sont en général assez limitées, donc c’est pour élargir le domaine des possibles. De comment je peux appréhender l’Eau.
ÉTIENNE : C’est bon. Ben, moi, j’ai pas peur de l’Eau, je peux te le dire.
CLÉO : Toi tu étais nageur de compétition.
ÉTIENNE : Ouais.
CLÉO : Et aussi navigateur.
ÉTIENNE : Je nage depuis longtemps. Je nage encore à un bon niveau. Je suis encore affilié à la Fédération de natation du Canada.
Je m’entraîne tous les jours. Je sais nager depuis longtemps, mais il ne s’agit pas juste de savoir nager. Moi, j’aime la performance et la compétition.
Cet aspect-là physique de confrontation, c’est pas juste s’entraîner pour soi-même, pour son corps, mais aussi pour l’aspect social, bien sûr, mais il y a surtout un aspect de performance là, que j’aime.
Ça c’est mon sport principal. Puis, ben, je navigue aussi : je fais du voilier, de la régate aussi, de la course de voilier en équipage et en solitaire. C’est une autre partie qui est pas dans l’Eau, mais qui est sur l’Eau.
J’aime ça aussi. Il y a un aspect technique, mécanique qui me plaît. Les sensations sont aussi intéressantes. Avec le vent, avec l’Eau, c’est apprendre à connaître ces éléments. C’est connaître la nature mais ce n’est pas une approche ésotérique, sentimentale ou spirituelle que j’ai avec le sport ou la voile. C’est vraiment une approche, je dirais, comme la natation, une approche plus mécanique de la performance et de la connaissance des éléments. C’est vraiment un aspect de bien-être, mais ce n’est pas une philosophie de vie tant que ça. C’est plutôt axé sur la performance. C’est ce que j’aime dans ces sports-là.
CLÉO : Comment est-ce tu t’es retrouvé dans l’Eau au départ? Parce que tu aurais pu pratiquer la course à pied ou la course de voiture par exemple ?
ÉTIENNE : Ce sont des accidents de parcours. Je jouais au hockey avant, puis j’ai un de mes amis qui nageait. Je suis allé nager avec lui.
Au début, je nageais en petit chien, puis peu après, je faisais des compétitions, je voyageais avec mon ami et j’y prenais plaisir. J’avais peut-être un talent, puis j’ai performé rapidement. Donc là, c’était encourageant. Ce sont des sports individuels, c’est un aspect qui me plait aussi. J’avais joué au hockey longtemps, mais tu sais, au hockey, tu peux bien te forcer une journée, mais ton équipe va quand même perdre. Moi, je trouvais ça un peu démoralisant, un peu plat. Fait que la natation, c’était vraiment un chronomètre. Fait que ça, j’aime bien ça aussi, parce que ta performance, c’est toi et le temps. T’es contre tes adversaires, oui, c’est des courses, il y a un premier, un deuxième , un troisième, mais en fait, la vraie course, c’est le temps. On essaie tout le temps de battre notre propre meilleur temps. J’aime bien ça, c’est assez rationnel. Les règles, c’est les mêmes pour tout le monde.
Cela me permet aussi de trouver un équilibre avec les arts. Je trouve aussi que c’est un milieu tellement dans le jugement, dans la perception, dans l’émotion, dans l’irrationnel, que quand je vais nager, il n’y a plus ça.
CLÉO : Est-ce que cela a informé ta pratique artistique, d’une certaine façon?
ÉTIENNE : Cela l’a certainement influencée. Ça, je m’en suis rendu compte après.
Je m’en suis rendu compte plus tard qu’il y avait un aspect corporel dans mes œuvres. Au début, en art vidéo, quand j’ai commencé à jouer dans mes vidéos, mon corps était plutôt présent avec un aspect de cascade ou de résistance physique. C’est ça que je faisais beaucoup quand j’ai commencé, et j’en fais encore. Il y avait donc cet aspect, déjà, de sport qui peut me démarquer un peu. Il y a un aspect de beauté et de résistance, en fait, peut-être, que d’autres artistes ont un peu moins, plus musculaire, plus viril, plus d’équilibre, mettons. Ces aspects-là se retrouvent dans ma pratique artistique. Puis, des éléments plus mécaniques, comme des treuils, des poulies, des cordages. Ça a meublé ma pratique artistique. Des éléments qu’on retrouve sur les voiliers.
CLÉO : Tu as dit que quand tu étais en voilier, tu apprenais aussi grâce aux éléments. C’est surtout l’Eau et le Vent, en l’occurrence. Qu’est-ce que ça tu as appris en particulier?
ÉTIENNE : La voile, c’est millénaire. Les Égyptiens, ils faisaient ça, le voilier. Le principe reste le même. Ça n’a aucunement évolué. Ils avaient déjà compris tous les principes de comment faire avancer un bateau avec le vent. Ce qui a évolué, c’est uniquement les matériaux et la technologie. Moi, ce que je retiens de ça, c’est que j’aime bien cet aspect technique-là. Je sais qu’il y a du monde qui font de la voile pour se retrouver avec eux-mêmes, seuls, avec les éléments. J’aime ça aussi. J’en fais seul 95 % du temps.
Mais c’est vraiment rare que je sorte et que je me dise qu’il fait un beau soleil et que je vais aller me ressourcer sur mon voilier. Moi, ce n’est pas de même que ça marche. Je sais qu’il y a bien du monde, c’est ça. Ce que j’apprécie le plus c’est le plaisir technique pointu. Je pense que cet aspect-là me fait apprécier les éléments qui sont autour. Ils me font apprécier le plaisir d’être sur l’Eau, le plaisir qu’il fasse beau, qu’il fasse soleil, que je puisse me baigner n’importe quand en voilier. Ce sont des éléments-là qui sont rares aussi. Ce n’est pas donné à tout le monde non plus de faire de la régate de voilier. Je sais que c’est une niche. Ce n’est pas une affaire de riches non plus. Moi, j’ai un vieux bateau qui a 30 ans cette année.
C’est exotique. Ça, c’est sûr et certain. Mais je pense que cette complétude-là ou cette admiration, je la trouve autant dans le plaisir technique que dans l’exotisme de se retrouver sur l’Eau à naviguer, qui n’est peut-être pas donné à tout le monde non plus.
CLÉO : Il me semble que tu as des enfants.
ÉTIENNE : Oui, ma fille a 10 ans.
CLÉO : Tu lui as appris à nager ? Elle est aussi à l’aise dans l’Eau ?
ÉTIENNE : Elle nage oui, mais ce n’est pas son sport favori. Les enfants, c’est rare qu’ils suivent leurs parents. Elle a fait de l’athlétisme sur piste. Elle a fait du patinage artistique longtemps, la glace c’est quand même un dérivé de l’Eau. Nager, elle aime ça, elle se baigne. Mais ce n’est pas son sport favori non plus.
CLÉO : Tu es originaire de la région de Chicoutimi? C’est là où tu as grandi?
ÉTIENNE : Non. Moi, je viens de Chibougamau. C’est au nord du Québec, encore plus au nord que Chicoutimi. C’est une ville minière du nord du Québec. Mon père travaillait dans les mines, donc, je suis né là-bas. J’ai passé une grande partie de ma vie là-bas. Puis après ça, j’ai déménagé à Sherbrooke. J’ai fait mon cégep à Sherbrooke, et j’ai rejoint l’Université en cinéma à Chicoutimi.
Après mon université, je suis resté ici dans la région. J’ai toujours travaillé en art ici dans la région. Je suis donc établi ici. Maintenant je suis à Alma.
CLÉO : Là d’où tu viens dans le Nord, c’est dans les terres, ce n’est pas au bord de l’Eau ?.
ÉTIENNE : Non. C’est vraiment la forêt boréale canadienne. Je pourrais dire, mettons, que le seul rapport à l’Eau que j’avais, c’est que j’allais souvent à la pêche avec mon père. Parce que là-bas, c’est vraiment chasse et pêche. Nous, on était plus des pêcheurs. C’est sûr que naviguer en chaloupe, et aller à la pêche, moi, j’ai fait ça tous mes étés, toute ma jeunesse.
C’est sûr que c’est un rapport à l’Eau important qui a un aspect merveilleux aussi. J’habitais vraiment loin de toutes mes oncles et tantes, mes grands-parents, ma famille qui était dans le sud du Québec. Nous étions ceux qui étaient un peu loin. Ils venaient en voyage chaque année dans le Nord, à la pêche. Pour nous autres, c’était comme un gros événement. C’est sûr que quand ils arrivaient chez nous, on les amenait pêcher des gros poissons, et eux autres étaient vraiment émerveillés. Peut-être que cet aspect-là m’est resté, la navigation et le plaisir d’être sur l’Eau. C’était précieux ces moments-là. Ils passaient quelques jours, une semaine avec nous.
Ça pressait. C’était vraiment important d’aller à la pêche. Beau temps, mauvais temps, mes oncles, mes cousins en vacances, ils avaient fait des centaines de kilomètres pour venir à la pêche, alors on allait à la pêche. C’est sûr que ce sont des moments quand même spéciaux. C’est dans ce coin-là que j’ai commencé à nager aussi, à m’entraîner, à faire des compétitions. On ne nageait pas dans les lacs. Il faisait trop froid là-bas. On nageait très peu dehors, un peu à la fin de l’été, mais sinon, on était principalement à l’intérieur.
CLÉO : Et maintenant, tu continues à nager en piscine tous les jours, mais aussi à l’extérieur dès que tu en as l’occasion ?
ÉTIENNE : On fait les deux. L’été, on est en extérieur. On nage en Eaux libres.
CLÉO : Ton club de natation est composé de qui? C’est mixte?
ÉTIENNE : Oui, c’est mixte. Moi, je nage plus avec des vieux maintenant. Des gens de mon âge. Ça arrive qu’on nage aussi avec des jeunes qui sont dans le club.
À partir de la Saint-Jean-Baptiste, fin juin, on peut nager dehors. On met nos combinaisons, nos wetsuits, et on nage dehors. Après ça, plutôt en juillet, on enlève nos combinaisons et on nage jusqu’à peu près à la mi-août, fin août dehors. On fait un circuit de natation extérieur en été, puis on fait les compétitions et on s’entraîne à l’intérieur l’hiver.
CLÉO : Et l’été, c’est dans un lac?
ÉTIENNE : Oui, c’est au lac Saint-Jean. On a une belle place pour nager. C’est assez grand.
CLÉO : Oui. Je ne connais pas, mais j’imagine que ça doit être… plutôt magnifique.
ÉTIENNE : Oui, c’est une belle place, c’est sûr.
Après ça, pour mon rapport à l’Eau… Tu sais, c’est sûr que tout le monde trouve ça merveilleux, l’Eau. Ce n’est pas tout le monde qui a accès régulièrement ou qui trippe tant que ça. Je pense que de plus en plus de monde a des piscines à la maison. Moi, comme je t’ai dit, j’ai un rapport peut-être plus sportif à cet élément-là.
À la différence des autres personnes que tu vas rencontrer qui ont un aspect émotionnel peut-être avec l’Eau ou même philosophique, moi, l’Eau, je la connais techniquement. Je sais comment la prendre. Je sais comment elle réagit quand j’entre dedans. Parce que je suis rentré des centaines de fois et des milliers de fois dans une piscine.
CLÉO : Tu peux donner un exemple de ce que veux dire par « la connaître techniquement »?
ÉTIENNE : La majorité du temps on se déplace dans l’Air, en fait, et il y a une certaine densité. L’Eau, elle a une densité qui est vraiment différente. Quand on veut nager vite, c’est juste de pousser de l’Eau, en fait. Il faut faire avancer notre corps dans une matière. Ça fait que c’est de générer moins de traînées. On finit par comprendre comment se placer hydrodynamiquement pour pas fâcher l’Eau, pour qu’elle soit heureuse de nous recevoir, pour qu’elle nous laisse passer.
C’est toute la philosophie de la natation puis de la voile aussi, il faut se faire accepter par l’Eau. Il ne faut pas la déranger, en fait. Parce que quand on nage, on lui donne des sales coups. On pèse dans l’Eau, on la brasse pas mal. Mais il ne faut pas la déranger parce que toutes les fois qu’on va la taper, on va générer des tourbillons, des flux d’Eau qui nous ralentissent. Tous ces tourbillons, ça nous ralentit. C’est de la résistance. Nous autres, on ne veut pas de résistance. Fait qu’on veut être gentil avec l’Eau. On veut se déplacer comme une torpille, comme un poisson. Tout ça, c’est un défi, à chaque 15 fois par seconde. De bout de bras, d’épaule, de tête, d’angle. On finit par comprendre l’Eau. On finit par la sentir sur notre corps d’une manière très, très précise. En fait, c’est quelque chose auquel tu dois penser au début, mais qu’après, ton corps intègre, et ce n’est plus ta tête qui pense, mais ton corps qui sait comment bouger.
Je ne pense plus quand je nage, mais quand j’y pense, je pense juste à ça. À chaque entraînement qu’on fait, on s’entraîne cardio, on va dire musculaire, mais on s’entraîne quasiment autant en technique. Parce que t’sais, t’en as vu des nageurs, il y en a des fois qui ont des profils vraiment atypiques, des plus gros, des plus maigres, puis ils nagent super vite, mais eux autres, ils ont trouvé des manières d’être avec l’Eau, c’est juste ça. De se déplacer dans l’Eau.
CLÉO : Très intéressant.
ÉTIENNE : C’est vraiment difficile. C’est de la haute couture. C’est vraiment de la précision. Mais on finit par sentir ces flux-là sur nous, en fait, je pense. Puis les transformer en aspect physique, en disant que ce n’est pas parce que tu forces plus fort que tu vas aller plus vite. C’est peut-être si tu forces mieux ou si tu comprends mieux comment l’Eau fonctionne.
Mais ça, je veux dire, les ingénieurs en aéronautique, ils l’ont compris. Ceux qui construisent des bateaux aussi. On intègre juste ces données-là à la natation.
ÉTIENNE : Mais ce n’est pas facile de faire comprendre dans notre esprit des fois que, tu sais, rentrer une main de même, c’est mieux que de même, de même, de même ou de même (Étienne me montre différentes positions/orientations de la main).
Ça fait que c’est ça, l’esprit et l’Eau, il faut qu’ils travaillent ensemble.
CLÉO : Cela t’a apporté plein de connaissances sur ton corps aussi, j’imagine? Plus de conscience du corps ?
ÉTIENNE : C’est sûr que ça amène une conscience de la résistance de l’Eau. On se demande : qu’est-ce que je peux faire pour me perfectionner ou survivre, pour me déplacer dans cet élément-là, qui n’est pas un élément si naturel que ça, pour l’homme. On n’est pas fait pour vivre dans l’Eau ou sur l’Eau. Pourtant, c’est un élément vital.
Je suis les grands marins, comme là, c’est le Vendée Globe présentement. C’est une course autour du monde en solitaire. Bon. Ça fait que là, si on est tout seul sur un bateau, on va être parti trois mois de temps.
Tout le monde dit, ah, je suis bien sur l’Eau et il faut respecter la nature, on est juste de passage ici, tatatata. Mais tu ne peux pas vivre sur l’Eau si tu n’as pas une boîte de bois ou de plastique, de carbone qui est un bateau et qui te permet de survivre sur cet élément-là. Si n’importe qui se faisait lâcher à la dérive avec son costume de bain au milieu de la mer, cette personne ne survivrait pas plus d’une journée ou deux, c’est impossible. Ça fait qu’on ne peut pas vivre sur l’Eau ou dans l’Eau. C’est impossible. Personne ne fait ça. Personne. Mais on a bizarrement un rapport de plaisance avec l’Eau. Puis on essaie de l’apprivoiser, peut-être. Mais c’est dangereux. C’est vraiment une place dangereuse.
CLÉO : Est-ce que toi, tu as déjà eu des moments difficiles?
ÉTIENNE : Non, pas avec l’Eau. Je n’ai jamais eu de moments difficiles J’ai eu des moments, je te dirais, très intenses, surtout en voilier. On se fait pogner dans des coups de vent et des vagues. Ça arrive mais ça n’arrive pas souvent, c’est une chance. On voit l’Eau, comment elle réagit avec le vent. Ça peut rapidement devenir fou les Eaux. Ça peut devenir vraiment intense. En fait, ce qui devient intense, c’est qu’on a peur que ça détruise le bateau.
Puis là, on se dit, ah, si je tombe à l’Eau, je mourrais, ou juste je serai mouillé.
Mais tout ça, c’est encore une fois technique : normalement, on n’est pas supposé se retrouver là. C’est des erreurs de jugement si on est dans cette place-là. Et on se fait peur.
CLÉO : Pourquoi ce sont des erreurs? Parce qu’on n’a pas regardé la météo?
ÉTIENNE : Oui, la météo, et cela peut être de l’insouciance, de la bravoure. On peut appeler ça comme on veut, c’est du dépassement de limites…
Peut-être qu’il y en a qui aiment ça. Moi, je ne suis pas là pour me faire mal, ni pour briser des choses.
CLÉO : Mais quand tu parles de ce type d’expérience, ça peut avoir lieu sur être sur un lac ou c’est en mer?
ÉTIENNE : Sur un lac, oui.
CLÉO : Tu peux avoir ça sur le lac, d’aussi grosses vagues?
ÉTIENNE : Le lac Saint-Jean fait 40 kilomètres de long, alors la vague, ce n’est pas la mer, mais c’est gros en tabarouette.
On y nage aussi. Nager dans la vague, c’est une expérience. Nager quand il y a du vent, ce n’est pas pareil.
Mais des expériences traumatisantes, non, parce que moi, j’ai toujours su bien nager.
Il s’agit de connaître son élément aussi. Justement, peut-être qu’en connaissant l’Eau, on connaît la limite aussi.
CLÉO : Ça t’a appris avoir le sens des responsabilités?
ÉTIENNE : Oui, des responsabilités. Quand je fais du bateau, je sais que l’Eau est froide, je mets ma veste de sauvetage. Je sais très bien que si je tombe à l’Eau, je vais vivre deux minutes.
Nous, on fait du bateau ici dès que la glace casse. Une semaine après, on fait du bateau. L’Eau est à 5 degrés. 5 degré, tu vis une minute trente avant de t’endormir.
CLÉO : Vous pouvez partir seul quand même?
ÉTIENNE : Oui, seul. Il ne faut juste pas tomber à l’Eau.
Si tu tombes à l’Eau, pas de veste de sauvetage. Je pense que tu peux vivre 20 minutes, une demi-heure. Tu vas dormir, et si tu as une veste de sauvetage on va venir te chercher, mais si tu n’as pas de veste de sauvetage, c’est terminé. Il y a des dangers, mais une question de connaissances. Il n’y a personne qui va se promener sur le bord d’un volcan en éruption. Il y a un risque de tomber dedans. On ne fait pas ça.
On y va quand c’est calme, où on y va pas. On va dans des places qu’on connaît.
Peut-être que Francis (Francis O’Shaughnessy) t’en a parlé. J’ai une approche vraiment technique des arts. Technique peut-être sportive. Je suis comme un sportif. J’extrais du sport un plaisir qui meuble aussi mon art. Je meuble ma poésie artistique par le sport, par ses techniques, ses dépassements, le physique, par des éléments techniques, mécaniques. Comme un voilier. Des éléments d’endurance ou de force. Ça fait partie des œuvres aussi que j’ai faites avec Francis. C’est la même affaire. Francis, c’est peut-être une approche plus émotionnelle, sensible.
En mélangeant nos pratiques, on a fait des performances en duo. Ça fait des trucs complètement éclatés aussi.
CLÉO : Tout ça, tu essaies de le transmettre au cégep, à tes étudiants?
ÉTIENNE : Ce que je transmets le plus au cégep, par rapport à ça, c’est d’aller puiser l’inspiration dans d’autres disciplines que l’art.
Je leur demande par exemple : dans quoi vous êtes bon.ne.s? Vous êtes bon.ne.s en dessin, en vidéo. C’est pour cela que vous vous êtes inscrit.e.s en art. Mais avez-vous d’autres talents? Peut-être bon.ne.s en cuisine ? Peut-être bon.ne.s pour conduire des tracteurs ? Si tu habites dans une ferme et que tu sais comment conduire un tracteur, est-ce que tu pourrais l’intégrer dans ton art ? Tu es bon.ne.s en cuisine, tu as accès à des outils, à des équipements, un mode de pensée, une pression de livraison, d’organisation, ça peut faire partie de ton art. C’est d’aller chercher ces spécificités-là. Parce que l’art, en fait, ça se nourrit juste de qui on est et de ce qu’on a autour de nous. C’est vraiment ça. Sinon, ça s’appelle faire de la frime, c’est essayer d’être quelqu’un d’autre.
Les jeunes au cégep, iels ne sont pas encore défini.e.s., la plupart en tout cas, sur qui i.els sont, sur ce qu’est leur démarche et ce qu’iels veulent faire en art. Iels cherchent beaucoup, iels copient beaucoup les autres. C’est parfait. On le fait tous, même jusqu’à l’université et plus. Mais un moment donné, il vient un temps où il faut dire, ça peut faire partie de quelques-unes de mes œuvres, faire un bout de chemin avec ça.
CLÉO : Une autre question sur l’Eau, si tu as le temps.
ETIENNE : Vas-y, vas-y.
CLÉO : Est-ce que tu connais Veda Austin ?
ETIENNE : Non, ça ne dit rien.
CLÉO : C’est une personne qui fait des recherches sur l’Eau et sa conscience. Elle va informer de petites quantités d’Eau. Et ensuite, elle va les congeler. Et elle va observer au microscope les cristaux. Elle montre à quel point l’Eau écoute, en fait. Si elle lui parle de lunettes, l’Eau va montrer des lunettes. Si elle laisse des lunettes à côté, elle va montrer des lunettes. Si elle parle de sa mère, elle va peut-être montrer un cœur.
Je trouve ça fascinant. Je me demandais si toi, qui passe tellement de temps dans l’Eau, tu te rendais compte que l’Eau écoutait en permanence ? Et, si ce n’est pas le cas, est-ce que le fait de le savoir changerait la façon d’entrer dans l’Eau ? Est-ce que tu aurais envie de communiquer quelque chose verbalement avec l’Eau avant d’y aller ? Est-ce que tu serais attentif à mettre une intention dès que tu te rapproches de l’Eau ?
ÉTIENNE : Ben, moi, comme je te l’ai dit tantôt, pas tant que ça. Je n’ai pas une relation affective avec l’Eau, ou émotionnelle. Peut-être que ça viendra un jour. C’est une affaire que, certainement, je respecte beaucoup. Mais je ne l’humanise pas, en fait, l’Eau.
CLÉO : Tu trouves que c’est l’humaniser de faire ça ?
ÉTIENNE : Ben, en fait, c’est… Je pense que oui. C’est de l’humaniser en y prêtant des émotions qui sont humaines, peut-être. Notre langage, c’est certain.
L’Eau, je dirais, fait partie d’un complexe qui est plus grand. Ça fait partie de ce qui retient l’Eau, de la lumière, de sa température, du monde qui est là. Je trouve qu’il s’agit plutôt d’un tout que de juste cet élément-là. Qu’on nage dehors, qu’on nage dedans, ce n’est pas pareil. Mais je ne suis pas sûr que l’Eau se rappelle de moi. Je ne pense pas qu’elle m’attende avec envie. Je ne serais pas prêt à dire que je lui porte des intentions tant que ça.
CLÉO : Je ne sais pas si l’Eau a des intentions. C’est nous qui pouvons en avoir quand on l’aborde. Et ça a été démontré que ça changeait sa structure cristallographique qui devenait plus organisée, plus harmonieuse. Et par conséquent, elle était plus bénéfique aussi quand on la boit, par exemple. Quand on prend un verre d’Eau du robinet, les cristaux sont tous désorganisés. Mais si on lui envoie…j’ai l’impression que tu vas rire… mais si on lui envoie de l’amour, si on se connecte à notre amour, et qu’on lui envoie ça et qu’on la congèle juste après, il y a toujours les produits chimiques qui sont présents, mais les cristaux se sont organisés de façon harmonieuse.
ÉTIENNE : Ça marche, hein?
CLÉO : Oui, c’est maintenant prouvé scientifiquement. Et facilement observable vraiment au microscope. On peut le faire aussi chez soi et avoir les mêmes résultats.
ÉTIENNE : C’est intéressant comme truc c’est certain. Non, c’est fou, là. C’est sûr que ça reste vivant. C’est sûr. Puis la grosse différence avec une roche, c’est qu’on a besoin de cette matière-là.
Il n’y a pas beaucoup de matières dans l’univers qui soient aussi proches de nous que l’Eau… Tu sais, moi, je me dis tout le temps que la natation c’est le plus beau sport, parce qu’on est fait d’Eau, et que je nage dedans. Ceux qui jouent au tennis ne sont pas faits de balles et de filets.
J’aime bien cette relation-là avec le sport. On parlait de hockey ou de patinage. Au Canada, on a bien ça aussi. C’est de l’Eau gelée mais je crois qu’on n’est pas dans l’élément.
Tout le monde rêverait de voler dans l’Air, qui est un autre élément important. On ne peut pas voler, on peut tomber, on peut sauter. On essaie de reproduire ça, tu sais. Le trampoline aux Olympiques, le saut en parachute. L’Eau, c’est quand même plus abordable, plus facile d’être dans cet élément-là.
Une autre affaire aussi qui est intéressante peut-être : Il y a un aspect récréatif à l’Eau dont on parle beaucoup.
C’est fou parce que je pense qu’il y a beaucoup de monde qui nage à haut niveau, et je m’inclue là-dedans : nous ne sommes vraiment pas des baigneurs récréatifs. Savais-tu ça?
CLÉO : Non.
ÉTIENNE : Moi, je n’aime pas vraiment ça, aller à la plage pour me baigner ou pour jouer dans l’Eau.
Jouer dans l’Eau, dans une piscine hors-terre chez quelqu’un, je peux le faire, mais je n’y trouve pas vraiment de plaisir. J’aime mieux jouer au tennis à côté plutôt qu’aller me baigner récréativement, même si je ne suis vraiment pas bon au tennis.
Parce que pour moi, la piscine, c’est un lieu de défoulement, d’entraînement et de performance. Si je vais dans ta piscine qui fait 5 mètres, je vais vouloir nager dedans et la défoncer. Ce ne sera pas possible. On en parle avec les gars et les filles qui nagent. Il y en a dans le groupe qui font des voyages dans le Sud et qui vont au Mexique, à Cuba. Ils vont à la plage avec leurs amis. Ils font quelques petites longueurs dans l’océan parce que c’est drôle, mais ils ne se baignent pas vraiment. On ne se baigne pas vraiment à la plage. n’est pas notre fun de se baigner récréativement. C’est bizarre.
CLÉO : Est-ce que tu aimes prendre des bains?
ÉTIENNE : Je ne prends jamais de bains. Il faut vraiment qu’il y ait des circonstances exceptionnelles et que tous les astres soient alignés pour que je prenne un bain. C’est vraiment rare. Aller au spa ce n’est pas mon truc non plus.
Il y a un aspect récréatif que j’ai peut-être perdu. Peut-être que je l’ai déjà eu et que ça va revenir. Je ne sais pas. Tout le monde aime ça, se baigner, quand on est enfant. Moi, j’aimais ça. C’est sûr que j’aimais ça. J’aimais tellement ça que j’en ai fait un sport après. Maintenant depuis plusieurs années, depuis que je suis adolescent même, je ne me baigne pas si ce n’est pas pour me confronter à quelqu’un ou lui montrer que je sais mieux nager que lui. C’est bizarre. J’ai perdu un peu cet aspect-là.
CLÉO : Et par rapport à l’Eau douce et l’Eau salée : tu passes plus de temps avec l’Eau douce, mais est-ce que tu apprécies le contact avec l’Eau salée ?
ÉTIENNE : Oui, j’aime ça l’Eau salée. Je suis allé dans le Sud. J’ai nagé aussi dans la mer. J’aime ça, mais, tu sais, ça n’a pas le même goût, en fait. C’est un goût auquel on n’est pas habitué, nous, Nord-Américains et Canadiens.
CLÉO : Par goût, tu veux dire quoi ? Sensation?
ÉTIENNE : Goût salé, flottaison, c’est pas pareil. Puis l’Eau salée, c’est toujours dehors, et ce n’est pas pareil. Il y a les fonds marins ou il n’y a pas de fonds marins. Tu sais, ça peut être super profond. Non, ce n’est vraiment pas pareil, l’Eau salée et l’Eau douce, ça, c’est sûr.
Même chose que nager dans les rivières aussi, avec du courant. Ce n’est pas pareil qu’en environnement contrôlé. Ça, on n’en a pas parlé. L’Eau contrôlée et l’Eau libre, ce n’est pas pareil. Oui. C’est bien différent.
Ce que j’aime, par exemple, depuis quelques années, ce n’est pas la baignade récréative, mais il y a un aspect de découverte et de voyage, c’est d’aller nager ailleurs ou dans d’autres places ou dans d’autres petits lacs quasiment non exploités. J’aime ça de plus en plus.
Dans mes œuvres, il y a de l’Eau, et aussi beaucoup de forêts de conifères. On est un groupe de deux ou trois gars qui sont assez aventuriers, on prend l’auto, puis on va dans des lacs. On essaie de nager dans des lacs. On marche dans le bois, puis on va nager. Ce n’est même pas pour prendre des photos. C’est juste pour expérimenter des lieux, nager ailleurs.
CLÉO : Ce n’est pas dangereux de nager dans un lac qu’on ne connaît pas ?
ÉTIENNE : Oui, c’est pour cela qu’on ne le fait jamais tout seul.
Quand on nage dehors, on a toujours des bouées attachées sur nous. Une grosse bouée orange comme une ceinture en arrière. Cela nous permet de nous repérer les uns les autres. La vision est plus difficile quand on est sur l’Eau. On a nos bouées pour savoir si jamais il arrive quelque chose, et on peut aussi se reposer en s’accrochant à cette bouée-là. Ce sont des bouées spéciales pour ça.
On a Bernard avec nous. Lui, il est amateur de nage sur la glace. Il est allé faire des compétitions aux États-Unis où on coupe la glace dans le lac pour nager. Il creuse un corridor d’Eau libre et il fait des longueurs de glace.Tu sais, lui, il a une relation peut-être un peu différente avec les éléments, avec l’Eau froide. C’est une approche assez costaude, assez endurante, qui met le corps à l’épreuve.
Moi, je n’ai pas ça. Je déteste l’Eau froide, me baigner dans l’Eau froide, je trouve que ça fait mal.
CLÉO : Froide, c’est-à-dire quand elle est gelée à la surface?
ÉTIENNE : Oui, genre à zéro degré, quatre degrés, les bains de glace. Ça fait du bien un peu après, mais c’est le pendant où je trouve que ça fait vraiment mal. On l’a essayé. On nage souvent quand il fait froid. On enlève notre combinaison au printemps et je peux dire que ce n’est pas mon fort.
C’est ça. L’Eau fait partie de ma vie depuis longtemps et va en faire partie longtemps encore, j’espère. C’est sûr qu’en tant qu’artiste, inévitablement, il y a des bribes de tout cela qui se retrouvent un peu dans mon art.
CLÉO : Est-ce que je peux voir certaines de tes œuvres en ligne ?
ÉTIENNE : J’ai des vidéos. Je vais t’envoyer des liens. Entre autres, « Le silence fait peur aux brutes », qui est une vidéo que j’ai faite avec des gars qui font de l’aviron. C’est vraiment axé sur l’Eau. Il y a aussi un drummer.
Il y a aussi « Récit de trappe et autres actions boréales ». Qui est un film sur les bûcherons draveurs, ceux qui poussaient les billots de bois dans les rivières avec des perches.
Je nage dans ce film-là, d’ailleurs. C’est comme l’histoire d’un draveur qui quitterait son billot de bois pour remonter la rivière à la nage pour voir d’où proviennent tous ces billots de bois. C’est un peu ça, l’idée, mais c’est plus abstrait, plus métaphorique. Il y a aussi des bûcherons en parallèle. On voit qu’ils bûchent et qu’ils construisent en même temps des choses avec le bois. C’est un film d’une douzaine de minutes qui a été présenté à des festivals.
CLÉO : Draveur, c’est un métier du passé ou ça existe encore?
ÉTIENNE : Je pense que ça appartient au passé. Ici, au Lac-Saint-Jean, il y en avait des draveurs jusqu’en 1993, je pense. Maintenant, il n’y en a plus parce qu’ils font tout par camion. Puis c’était assez dommageable pour la qualité de l’Eau. C’était quand même un peu dégueu, tous les morceaux qui coulaient, les copeaux de bois, ils détruisaient les fonds marins et les écosystèmes aquatiques.
CLÉO : Merci beaucoup d’avoir partagé tout ça.
ETIENNE : Tu me tiendras au courant de tes projets.
꩜꩜꩜
ENGLISH VERSION (translated from French)
Étienne Boulanger is a swimmer, sailor, and artist, he also teaches arts at a Cégep (college). He swims for the Juvaqua club in Alma, and sails on the Lac Saint-Jean (Quebec, Canada) on his sailboat named Slapshot, a Tripp 26. We spoke on Zoom.
CLÉO: Hi Étienne! I see a model behind you?
ÉTIENNE: It’s the model of a public art project I just finished. I installed it two weeks ago. It’s here, in the region, at Cap-Jaseux.
CLÉO: Are those large metal structures among the trees?
ÉTIENNE: Yeah, they are big text bubbles. It’s like the trees are talking, like nature is speaking to you. It’s made of aluminum. The piece is called Échos Boréals.
CLÉO: Are you used to talking to nature?
ÉTIENNE: Ah, no. I don’t talk to it, but… I live in it.
And you, are you doing a project about Water?
CLÉO: Yes, actually, could we close our eyes for a moment to connect to Water before we start the interview?
ÉTIENNE: Connect to Water?
CLÉO: Yes, you can close your eyes and connect to the Water in your body to start with.
ÉTIENNE: Let’s do it.
CLÉO: We can just become aware of the Water in our bodies, in all our cells, thank the Water, ask it to be present for our interview, and perhaps inspire us in what we are about to share.
CLÉO: I started this project and I feel like it’s emerging simultaneously in many other people. Because for me, it really came from within. Now that I’m starting to explore further and see what’s happening around, with other artists or initiatives, there are many people reconnecting to Water, who have exactly the same approach.
People who realize now that Water has consciousness, that it can help us heal, that it’s not inert matter, but on the contrary, that we can inform it, and also that it informs us.
ÉTIENNE: Hmm.
CLÉO: Maybe you’ve been connected to it for a long time, knowingly or unknowingly, because you spend so much time in close contact with Water.
ÉTIENNE: But do you know why you’re doing this? Is it to make an art project? Are you in art too, or what?
CLÉO: Yes. I make paintings. But my paintings, originally, always come from an inner emotional process that manifests on a canvas.
ÉTIENNE: So now you meet people to get testimonies or inspiration?
CLÉO: Actually, it’s more to deepen my own relationship with Water, because for me, it’s a relationship that started with fear, and I’m trying to expand it. Our personal experiences are generally quite limited, so it’s to broaden the realm of possibilities. How I can approach Water.
ÉTIENNE: That’s good. Well, I’m not afraid of Water, I can tell you that.
CLÉO: You were a competitive swimmer.
ÉTIENNE: Yes.
CLÉO: And you are also a sailor.
ÉTIENNE: I’ve been swimming for a long time. I still swim at a good level. I’m still affiliated with Swimming Canada.
I train every day. I’ve known how to swim for a long time, but it’s not just about knowing how to swim. I like performance and competition.
This physical aspect of confrontation, it’s not just training for oneself, for your body, and for the social aspect, of course, but it is mainly for the performance aspect which I enjoy.
That’s my main sport. And then, well, I also sail: I sail, race in regattas both with a crew and solo. That’s another part that isn’t in Water, but on Water.
I enjoy that too. There’s a technical, mechanical aspect I like. The sensations are also interesting. With the wind, with Water, it’s learning to know these elements.
It’s knowing nature, but it’s not an esoteric, sentimental, or spiritual approach to nature that I have with sport or sailing. It’s really a more mechanical approach, I’d say, like swimming, an approach to performance and a knowledge of the elements. It’s not much of a life philosophy, it’s rather focused on performance. That’s what I like about these sports.
CLÉO: How did you end up in Water at first? You could have done running or car racing, for example?
ÉTIENNE: It was an accident of circumstances. I used to play hockey, and a friend of mine swam. On day I went swimming with him.
At first, I swam doggy-style, then shortly after, I started competing, traveling with my friend, and enjoying it. I might have had a talent, and I performed quickly. So that was encouraging. They are individual sports, which is an aspect I also like. I played hockey for a long time, but you know, in hockey, you can force yourself one day, but your team might still lose. I found that a bit demoralizing, a bit flat. Swimming was really about the stopwatch. That’s something I also like because your performance is about you and the time. You’re against your opponents, yes, there are races, first, second, third, but the real race is against the time. You’re always trying to beat your own best time. I like that, it’s quite rational. The rules are the same for everyone.
It also allows me to find balance with the arts. I find it’s a field so full of judgment, perception, emotion, irrationality, and when I go swim, none of that is there.
CLÉO: Has it informed your artistic practice in some way?
ÉTIENNE: It certainly has. I realized that later.
I realized later that there was a physical/bodily aspect in my works. At the beginning, in video art, when I started performing in my videos, my body was present with a stunt or with physical resistance. That’s what I did a lot when I started, and I still do. So there was already this sports aspect that could differentiate me a bit from other performers. There’s an aspect of beauty and endurance, maybe, that other artists have a little less, more muscular, more virile, more balanced, let’s say. I also included mechanical elements, like winches, pulleys, ropes furnished my artistic practice; elements that we find on sailboats.
CLÉO: You said that while sailing, you learned from the elements, mostly Water and wind. What did you learn in particular?
ÉTIENNE: Sailing is millennia-old. Egyptians had sailboats already. Today the principle remains the same. It hasn’t evolved at all. They already understood all the principles of how to move a boat with the wind. What has evolved is only the materials and the technology. What I take from this is that I like this technical aspect. I know some people sail to find themselves alone with the elements. I enjoy that too. I do it alone 95% of the time.
But it’s really rare that I go out and think, “It’s a beautiful sunny day, I’m going to relax on my sailboat.” That’s not how it works for me. I know some people do. What I enjoy the most is the refined technical pleasure. I think that makes me appreciate the elements. They make me appreciate the pleasure of being on Water, the pleasure of good weather, of being able to swim anytime from the boat. That’s quite rare, not everyone can do sailboat regattas. I know it’s a niche. It’s not a rich person’s thing either. I have an old boat, 30 years old this year.
CLÉO: I think you have children.
ÉTIENNE: Yes, my daughter is 10.
CLÉO: Did you teach her to swim? Is she comfortable in Water too?
ÉTIENNE: She swims, yes, but it’s not her favorite sport. Kids rarely follow their parents. She did track and field. She did figure skating for a long time, ice being a derivative of Water.
CLÉO: Are you originally from Chicoutimi? Is that where you grew up?
ÉTIENNE: No. I’m from Chibougamau. It’s north of Quebec, even further north than Chicoutimi. It’s a mining town in northern Quebec. My father worked in the mines, so I was born there. I spent a large part of my life there. Then I moved to Sherbrooke. I did my Cégep in Sherbrooke, and then joined the University in Film in Chicoutimi.
After university, I stayed in the region. I’ve always worked in art here in the region. I’m established here. Now I’m in Alma.
CLÉO: Chibougamau, it’s inland or by the sea?
ÉTIENNE: Inland, It’s really the in Canadian boreal forest. I could say, the only relation I had with Water then, was going fishing with my dad. Because there, it’s really about hunting and fishing. In my family we were more oriented toward fishing. Being in a boat and going fishing, I did that every summer, all my youth.
It’s definitely an important relationship with Water, which is wonderful.
I really lived far from my aunts and uncles, grandparents, family in southern Quebec. We were the ones far away. They came on trips every year to the North to fish. For us, it was a big event. Surely, when they arrived, we took them fishing for big fish, and they were really amazed. Maybe that aspect stayed with me: sailing and the pleasure of being on the Water. Those moments were precious. They stayed just a few days, so it was pressing, fishing was really important. With rain or sunshine, my uncles and my cousins had traveled hundreds of kilometers to fish, so we went fishing. These are special moments. It’s in this area that I started swimming, training, competing. We didn’t swim in the lakes. It was too cold. We swam very little outdoors, a little at the end of summer, otherwise mostly indoors.
CLÉO: And now, you continue swimming in pools every day, but also outside whenever you can?
ÉTIENNE: We do both. In summer, we swim outside. We swim in open water.
CLÉO: Who’s in your swim club? Mixed?
ÉTIENNE: Yes, it’s mixed. I mostly swim with older people now, people my age. Sometimes we also swim with younger club members.
From Saint-Jean-Baptiste Day, late June, we can swim outdoors. We put on wetsuits and swim outside. Then, in July, we remove the wetsuits and swim outdoors until mid to late August. We do an outdoor swimming circuit in summer, then we do competitions and train indoors in winter.
CLÉO: Where do you swim outdoors?
ÉTIENNE: In the Lac Saint-Jean. We have a nice place to swim. It’s pretty large.
CLÉO: I don’t know it, but I imagine it must be… rather magnificent.
ÉTIENNE: Yes, it’s a beautiful place, for sure.
After that, regarding my relation to Water… you know, everyone finds Water wonderful. Not everyone has regular access or is as passionate. I think more and more people have home pools. Me, as I said, my relationship is maybe more sporty with this element.
Unlike other people you might meet who have an emotional or even philosophical relationship with Water, I know Water technically. I know how to handle it. I know how it reacts when I enter it. Because I have entered a pool hundreds, thousands of times.
CLÉO: Can you give an example of what you mean by “knowing it technically”?
ÉTIENNE: Most of the time, we move in Air, actually, and Air has a particular density. Water has a really different density. When you want to swim fast, it’s just about pushing Water. You have to move your body through a medium. It’s about generating the less drag possible. You end up understanding how to position yourself hydrodynamically so as not to disturb the Water, so it’s happy to receive you, to let you pass.
That’s the whole philosophy of swimming and sailing too: you have to be accepted by the Water. You shouldn’t disturb it. Because when you swim, you hit it. You press on the Water, you stir it a lot. But you shouldn’t disturb it because every time you hit it, you generate whirlpools, Water flows that slow you down. All these vortices slow us. It’s resistance. We don’t want resistance. We want to be kind to Water. We want to move like a torpedo, like a fish. All this is a challenge, 15 times per second. With our arms, shoulders, heads, their angles, you end up understanding Water. Feeling it on your body very precisely. At first, you think about it, but later, your body integrates it, and it’s not your head thinking, it’s your body knowing how to move.
I don’t think while swimming, but when I do, I think just about that. Every training is cardio, muscular and also technique. You see, you’ve seen swimmers, some with atypical profiles, bigger, smaller, and they swim super fast, they’ve just found ways to be with Water. That’s it. Moving in Water.
CLÉO: Very interesting.
ÉTIENNE: It’s really hard. It’s haute couture. Precision. But you end up feeling these flows on you, and then transform them into physical aspects, realizing that forcing harder doesn’t make you go faster. Maybe if you force better or understand how Water works. Engineers understood this, boat builders too, we just integrate these data into swimming. But it’s not easy to make your mind understand that, you know, putting a hand in this way is better than in that way (Étienne shows different hand positions/orientations). So that’s it, the mind and Water have to work together.
CLÉO: It must have given you a lot of knowledge about your body too, I imagine? More bodily awareness?
ÉTIENNE: Sure, it brings awareness of Water’s resistance. We ask ourselves: what can I do to improve, survive, move in this element, which isn’t so natural for humans. We’re not made to live in or on Water. Yet, it’s vital.
I follow the great sailors, like now, the Vendée Globe is happening, it’s a solo race around the world, alone on a sailboat, for around three months. Everyone says, “Ah, I’m fine on the Water, respect nature, we’re just passing through,” but you can’t live on Water without a wooden or plastic or carbon box that is a boat, letting you survive. If someone were left adrift in swimwear in the middle of the sea, they wouldn’t survive a day or two. Impossible. So you can’t live on or in Water. Impossible. Nobody does it. Yet we strangely have a recreational relationship with Water. We try to tame it, maybe. But it’s dangerous. A really dangerous place.
CLÉO: Have you ever had difficult moments?
ÉTIENNE: No, not with Water. I’ve never had difficult moments. I’ve had very intense moments, especially sailing. I got caught in gusts and waves. It happens, but rarely, it’s lucky. You see how Water reacts with the wind. It can quickly get crazy. It can get intense. What becomes intense is the fear that the boat will be destroyed.
Then I think, “If I fall in, I’ll die,” or just get wet. But all that is technical, it shouldn’t be happening, if to does it come from errors of judgment. And you scare yourself.
CLÉO: Why are they errors? Because you didn’t check the weather for example?
ÉTIENNE: Yes, weather, and it can be recklessness, bravery. Call it what you want, pushing limits… Maybe some people like it. Me, I’m not there to hurt myself or break things.
CLÉO: But this type of experience could happen on a lake?
ÉTIENNE: On a lake, yes.
CLÉO: You can get such big waves on a lake?
ÉTIENNE: Lac Saint-Jean is 40 km long, so the waves aren’t the sea, but they’re huge. We swim there too. Swimming in waves is an experience. Swimming when it’s windy is different.
So no traumatic experiences, no, because I’ve always known how to swim.
It’s also about knowing the element. By knowing Water, you also know your limits.
CLÉO: It taught you responsibility?
ÉTIENNE: Yes, responsibilities. When I sail, I know the Water is cold, I wear my life jacket. I know if I fall in, I’ll last two minutes.
We sail as soon as the ice breaks. A week later, we are on the boat. Water is 5°C. At the temperature, you live a minute thirty before passing out.
CLÉO: You can go alone?
ÉTIENNE: Yes, alone. Just don’t fall in.
If you fall in, no life jacket, you might last 20–30 minutes. You’ll sleep. With a life jacket, tou will be able to get rescued, without it, you’re done. There are dangers, but it’s a matter of knowledge. Nobody walks on an erupting volcano; there’s risk.
Maybe Francis (Francis O’Shaughnessy) told you. I have a really technical approach to arts, sports-technical. I’m an athlete. I extract pleasure from sport that also furnishes my art. I furnish my artistic poetry with sport, with its techniques, the idea of surpassing oneself physically, with technical, mechanical elements. Like a sailboat. Elements of endurance and strength. This is part of the works I’ve made with Francis as well. He has a more emotional, sensitive approach. We’ve done duo performances. It created completely wild things.
CLÉO: Do you try to transmit all that at the Cégep, to your students?
ÉTIENNE: What I transmit the most at Cégep, regarding this, is to draw inspiration from disciplines outside of art.
I ask them, for example: what are you good at? You’re good at drawing, at video. That’s why you enrolled in art. But do you have other talents? Maybe good at cooking? Maybe good at driving tractors? If you live on a farm and know how to drive a tractor, could you integrate that into your art? You’re good at cooking, you have access to tools, equipment, a way of thinking, a pressure of delivery, organization; that can be part of your art. It’s about exploring these specificities. Because art feeds on who we are and what surrounds us. That’s it. Otherwise, it’s just showing off, trying to be someone else.
Young people at Cégep, most of them, aren’t yet defined in who they are, what their approach is, and what they want to do in art. They explore a lot, copy a lot. That’s perfect. We all do, even at university and beyond. But at some point, there comes a time when you have to choose what is going to be part of your work.
CLÉO: If have one more question, if you have time.
ÉTIENNE: Go ahead.
CLÉO: Do you know Veda Austin?
ÉTIENNE: No, that doesn’t ring a bell.
CLÉO: She studies Water and its consciousness. She informs small amounts of Water, then freezes them, and observes the crystals under a microscope. She shows how Water listens. If she talks about glasses, the Water will show glasses. If she leaves glasses nearby, it will show glasses. If she talks about her mother, it might show a heart.
I find that fascinating. I was wondering if you, who spend so much time in Water, realize that Water is constantly listening? And if not, would knowing this change the way you enter the Water? Would you want to communicate something verbally with Water before entering? Would you pay attention to setting an intention as soon as you approach the Water?
ÉTIENNE: Well, as I told you earlier, not really. I don’t have an emotional or affective relationship with Water. Maybe one day. It’s something I certainly respect a lot. But I don’t humanize Water.
CLÉO: You think humanizing it is doing that?
ÉTIENNE: Well, actually, yes, I think so. It’s humanizing it by attributing human emotions, maybe. Our language, certainly.
Water, I would say, is part of a larger complex. It’s part of what holds Water, the light, its temperature, the world around. I see it more as a whole rather than just the element. Swimming outside, inside, it’s not the same. But I’m not sure Water remembers me. I don’t think it waits for me eagerly. I wouldn’t say I set intentions toward it that much.
CLÉO: I don’t know if Water has intentions. We can have intentions when approaching it. And it has been shown that it changes its crystalline structure, becoming more organized, harmonious. Consequently, it’s also more beneficial when drinking it. When we drink tap water, the crystals are all disorganized. But if we send… I feel like you’ll laugh… but if we send love, connect to our love, and then freeze it, the chemicals remain, but the crystals organize harmoniously.
ÉTIENNE: That works, huh?
CLÉO: Yes, it’s now scientifically proven and easily observable under a microscope. You can do it at home and get the same results.
ÉTIENNE: That’s an interesting thing, for sure. It’s crazy. It’s alive. That’s for sure. And the big difference from a rock is that we need this matter. Not many materials in the universe are as close to us as Water… You know, I always think swimming is the most beautiful sport because we are made of Water, and I swim in it. Those who play tennis are not made of balls and nets.
I like that relationship with sport. We talked about hockey or skating. In Canada, we have that too. It’s frozen Water, but I don’t think of it as being the same.
Everyone dreams of flying in Air, another important element. We can’t fly; we can fall, jump. We try to reproduce it: Olympic trampoline, parachuting. Water is more accessible, easier to be in.
ÉTIENNE: Another interesting aspect: the recreational aspect of Water. Many swim at a high level, myself included; we’re really not recreational swimmers. Did you know that?
CLÉO: No.
ÉTIENNE: I don’t really enjoy going to the beach to swim or play in Water. Playing in Water, in someone’s above-ground pool, I can do it, but I don’t really enjoy it. I’d rather play tennis nearby than swim recreationally, even though I’m bad at tennis.
For me, the pool is for letting off steam, training, and performance. If I go into your 5-meter pool, I’ll want to swim hard. That won’t be possible. We talk about it with other swimmers. Some go on trips south to Mexico, Cuba, to the beach with friends. They swim a few lengths in the ocean because it’s fun, but they don’t really swim. Swimming at the beach recreationally isn’t fun for us. Weird.
CLÉO: Do you like taking baths?
ÉTIENNE: I never take baths. Only under exceptional circumstances and if all the stars align. Very rare. Spa isn’t my thing either.
There’s a recreational aspect I may have lost. Maybe I had it and it will come back. I don’t know. Everyone enjoys bathing as a child. I did. I loved it. I loved it so much I turned it into a sport. Now for years, since adolescence, I don’t bathe unless to compete with someone or show I swim better than them. Weird. I lost that aspect.
CLÉO: And regarding fresh and salt Water: you spend more time in fresh Water, but do you enjoy salt Water?
ÉTIENNE: Yes, I like salt Water. I’ve been south, I swam in the sea. I like it, but it doesn’t taste the same. A taste we’re not used to, us North Americans, Canadians.
CLÉO: By taste, you mean sensation?
ÉTIENNE: Salty taste, buoyancy, it’s different. Salt Water is always outside, it’s not the same. There’s the seabed, or not. It can be super deep. Salt Water and fresh Water, definitely not the same.
Same with rivers, with currents. They are not controlled environments. We haven’t talked about that. Controlled Water vs. open Water is different. Very different.
What I enjoy, in recent years, is not recreational swimming, but exploration: swimming elsewhere, in other small, almost untouched lakes. I like that more and more.
In my works, there’s Water, and a lot of evergreen forests. We’re a group of two or three adventurous guys, we drive, go to lakes, try to swim in lakes. We walk in the woods, then swim. Not even for photos. Just to experience places, swim elsewhere.
CLÉO: Isn’t it dangerous to swim in an unknown lake?
ÉTIENNE: Yes, that’s why we never do it alone.
When swimming outside, we always have buoys attached. A big orange buoy like a belt on our back. It helps us locate each other. Vision is harder on the Water. The buoys help if something happens, and we can rest holding them.
We have Bernard with us. He’s an ice swimming enthusiast. He competed in the U.S., cutting ice to swim. He digs an open Water corridor and swims lengths in ice. He has a different approach with cold Water. A tough, enduring approach, testing the body.
I don’t do that. I hate cold Water, swimming in cold Water, it hurts.
CLÉO: Cold, meaning frozen at the surface?
ÉTIENNE: Yes, 0–4°C, ice baths. It can feel good afterwards, but the moment of immersion really hurts. We tried. Removing the wetsuit in spring is really not my strong point.
That’s it. Water has been part of my life for a long time and will be for much longer, I hope. As an artist, inevitably, fragments of all this appear in my art.
CLÉO: Can I see some of your works online?
ÉTIENNE: I have videos. I’ll send links. Among them, Le silence fait peur aux brutes, a video I made with guys rowing. Very Water-focused.
Also, Récit de trappe et autres actions boréales. A film about lumberjack log drivers, moving logs in rivers with poles. I swim in this film. It’s about a log driver leaving his log to swim up the river to see where logs come from. Abstract, metaphorical. We also see lumberjacks at work. A 12-minute film shown at festivals.
CLÉO: Log driving is a past trade or still exists?
ÉTIENNE: I think it’s past. Here, at Lac-Saint-Jean, log drivers existed until 1993, I think. Now everything is done by truck. It was damaging the Water quality. Woods chips and debris destroyed riverbeds and aquatic ecosystems.
CLÉO: Thank you so much for sharing all that.
ÉTIENNE: Keep me updated on your projects.